La naissance de l’Impressionnisme à la Grenouillère en 1869

 

Les bords de Seine connurent un développement sans précédent dans la seconde partie du XIXe siècle. Lieu de rendez-vous des canotiers, des artistes, du Paris viveur et bohème, les berges paisibles de la Seine à l’ouest de Paris devinrent terres de loisirs et de détente.

C’est dans ce contexte de mutation sociale avec ce développement des loisirs que l’impressionnisme est né.
Les bords de Seine, rendus accessibles, permirent aux jeunes peintres de l’atelier Gleyre, Monet, Renoir, Sisley, Bazille, Pissarro, de satisfaire leur soif de plein air et de pousser à l’extrême la leçon des barbizoniens.

Les futurs impressionnistes ne furent pas les premiers à s’intéresser aux bords de Seine, mais leur révolution vint de leur technique et des sujets même qu’ils souhaitaient représenter : ils décidèrent de peindre en instantané leurs contemporains canotant ou s’amusant dans les guinguettes tels qu’ils pouvaient l’observer à la Grenouillère.


Fuyant Paris, Monet, 29 ans et Renoir, 28 ans, complètement désargentés, s’installèrent, le premier à Saint Michel, hameau de Bougival, et le second chez ses parents au lieu-dit Voisins à Louveciennes.
Attirés par la réputation de l’île de Croissy et de la Seine aux mille reflets, les deux amis se retrouvent à la fin de l’été 1869 pour peindre la Grenouillère où ils trouvèrent un motif exceptionnel alliant une nature superbe à une foule bigarrée et joyeuse.
Six toiles révolutionnaires (dont une a malheureusement disparu) sont nées de ce séjour et marquèrent la naissance de l’impressionnisme, cinq ans avant le tableau de Monet « Impression soleil levant » présentée à la première exposition du groupe en 1874.


Souhaitant rendre les variations changeantes de la nature, l’œil des peintres suit les mouvements rapides et fugitifs de la lumière et les transcrit aussi vite qu’ils se produisent. Les formes se délivrent donc de leurs contours, le paysage s’anime de touches colorées où l’on peut ressentir toute la vibration de la lumière, le miroitement de l’eau et le frémissement des feuillages. Inspirés par la loi du «contraste simultané des couleurs » de Chevreul, ils usent de couleurs pures et allient les complémentaires. Paysages et figures se trouvent ainsi mêlés par une touche vigoureuse unissant la lumière et la couleur.
Véritables exercices de style, ces œuvres forment un ensemble exceptionnel où l’on peut observer une vue quasi-panoramique de l’établissement de la Grenouillère : du bateau-café au fameux camembert jusqu’à la berge.
Pourtant, si c’est bien le même motif que Monet et Renoir représentent, celui-ci se trouve empreint de la sensibilité et des sensations des deux artistes.

Si l’on compare la toile du Metropolitan de New York de Monet à celle de Renoir conservée à Stockholm, représentant le fameux îlot du « camembert », on remarque que Monet s’attache particulièrement à représenter la Seine et ses reflets, réduisant les personnages à de simples silhouettes sombres, alors que Renoir, avec une palette beaucoup plus nuancée, offre une vue rapprochée de l’îlot, détaillant la foule des clients.
Cette opposition entre les deux amis s’accentuera encore tout au long de leur carrière. Monet sera le peintre de l’eau, avec ses compositions réalisées à Argenteuil et, plus tard, sa série de nymphéas, alors que Renoir restera toujours plus attaché à la figure humaine.

 

    

           Monet - La Grenouillère (1869) - MET New York                                    Renoir - La Grenouillère (1869) - National Museum Stockholm

 

    

   Monet - Bains à la Grenouillère (1869) - National Gallery Londres          Renoir - La Grenouillère (1869) - Coll. Oskar Reinhart Winterthur (Suisse)

 

Tous les fondements de l’impressionnisme se trouvent réunis dans ses six toiles : liberté de traitement, couleurs claires, subjectivité du paysage, simultanéité des sensations, regard direct sur la société. Malheureusement, la modernité de ses toiles, tant du point de vue technique que du sujet représenté, n’a pas du tout été acceptée à l’époque. Pourtant, elles furent un tournant décisif dans l’histoire de l’art et ont heureusement attiré l’œil visionnaire de grands collectionneurs étrangers, ce qui nous permet de les admirer aujourd’hui « aux quatre coins du monde ».

 

 

 

 

 
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